[ IL EST GRAND LE CIEL, NON ? ]
J'aimerais savoir jouer du piano, et c'est peut-etre ça l'échec de ma vie. C'est insensé. Il m'a reveillée ce matin et j'étais triste à cause de cet atroce morceau qu'il s'acharne à recommencer. N'est-ce pas beau de pouvoir décider de l'humeur de ses voisins au réveil en fonction d'un morceau que l'on joue ? Je l'écoute, il fait une fausse note, il recommence indéfinimment jusqu'à ce qu'elle soit juste, qu'elle n'ai plus de sens ou peut-être justement qu'elle en prenne un.
Peut-être que nous vivons un morceau de piano, voués à faire des fausses notes, jusqu'à trouver la bonne, celle qui nous permettra d'avancer, de terminer ce putain de morceau. ..
Peut-être qu'on enchaîne les fausses notes pour que le morceau soit parfait .
Une phrase languissante, une fausse note, et ainsi de suite jusqu'à venir à bout du morceau ... Certains abandonnent à la première fausse note, comme au premier faux pas, d'autres persévérent. Et moi, moi je ne sais même pas jouer de piano...
Ecrire. Ecrire parce que les mots sont surpuissants, parce qu'on retient les écrits, écrire ma vie, la résumer pour ne pas l'oublier. Ecrire parce que ceux qui me voient pensent que tout va bien, écrire le fond de cette fille qui sourit et qui rit, même lui qui tombe dans le piège. Parce que c'est un piège. Je n'ai même plus l'impression d'être moi, je suis là, j'éclate de rire mais le coeur n'y est pas. Je joue la comédie et si bien... C'est plutot rassurant ... Mais au fond la fille se regarde dans une glace et ne se reconnaît pas. Malade, complétement malade. T'entends ? Je créverai seule avec moi-même, avec ma moitié suicidaire et mon beau masque . Elle voudrait juste qu'il soit là, avec elle, qu'il la prenne dans ses bras. Elle voudrait lui dire tout ça, enlever son masque ivre de bonheur, lui dire la vérité, l'essentiel. Lui dire parce que parfois c'est trop tard après. Parce que la vie nous vole ceux qu'on aime. Qu'avec le temps tout s'en va... Qu'est-ce qui l'empeche de courir chez lui, pleurer et tout lui avouer ? C'est un film, le film de ma vie. Sans connaitre la fin. Je poursuis chaque jour une finalité qui n'existe pas. Là je ne cours plus, je subis.